IV

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Source pexels.com

J’ai vos masques en filigrane
Visages d’encre rouge
Sur mes élytres de papier

Et votre âme close
– Obstinément –
Ainsi me rebaptise : « Personne » –

Et pourtant vos lèvres
Ont pansé, délicates,
Les plaies de mon sourire ;

Et pourtant votre main
Fut mon ancre
Quand tout au bord du monde
Je me penchais…

Et pourtant, poudreux rayon,
Vous me guidiez –
Papillon ébloui ;

Et pourtant je frôlais les étoiles
Quand de votre amour
Vous épousiez mes flancs…

Mais je me souviens surtout des baisers froissés
Du matin où naquirent vos serments –

Ces promesses de sable

La jeune fille de la mer #3

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L’eau a heurté mon dos comme une claque. L’espace d’un instant je me suis demandé où j’étais, la seconde suivante, si j’allais y rester. Plutôt, s’il fallait, ou s’il ne fallait pas, que j’y reste.

Mes faiblesses – physique et morale – ont pris la décision à ma place : ma poitrine oppressée par le choc, le poids de l’eau qui m’écrasait, le sel qui me brûlait les yeux ont eu raison de tout embryon de pensée morbide.

Alors j’ai repris le contrôle de mes membres, j’ai rejoint l’air libre et me suis traînée vers une sorte de crique que j’apercevais à ma droite. Je me suis échouée sur le sable comme un navire brisé, et j’ai reconsidéré, paisible, la vie. Si j’avais perdu pied quelques centaines de mètres plus tôt, j’aurais atterri sur le sable et non dans l’eau. Je ne pus m’empêcher de penser qu’alors tout dilemme vital aurait été résolu avant même que j’aie eu le temps de le concevoir, et j’en frissonnai. Lire la suite

Ce qui reste

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Adrianna Calvo – pexels.com

Qu’il est étrange de voir la brume
Subtilement éclipser mon guide,
L’étoile qu’ont suivie
Mes pas fidèles autant qu’aveugles…
Et qui pourtant ont porté
Ce corps crucifié par le manque.

Seule face à l’infini des possibles,
J’essaie d’estomper
Les stigmates de ton absence –
Excavations dans ma chair,
Poignards dans le cœur – jusqu’à la garde…

Étrange douceur à l’arrière-goût de peine…
Étrange berceuse
Que cette fontaine aux merveilles,
Qui dans ma mémoire
Abreuve encore nos heures… Lire la suite

Une rencontre – extrait

Il était évident qu’elle avait pleuré. D’ailleurs les larmes — ou la pluie — faisaient sur ses joues empourprées comme de la rosée sur le délicat pétale d’un coquelicot.

Quelque chose en moi vacilla à l’instant où mon regard se posa sur ses lèvres. Elles semblaient avoir oublié comment sourire.

Texte original écrit pour Mug’s Tale – Thème « Random words » : Une rencontre

-II

C’est de la lave qui coule à présent
Tu déglutis et tout
Se teinte de rouges, de bleus

Je grappille les secondes
– Peur de l’hypothétique –
Tandis que craquent les aiguilles…

J’érige un mur
Autour de mes idées, mais rien n’empêche
La plume de saigner.

Les rayons te transpercent alors qu’en toi
S’élime le fil ;
Et je tremble

D’entendre s’affairer
Les ciseaux de la Parque

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La jeune fille de la mer #2

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Source pexels.com

Au début, j’avais le pas incertain, les sens blessés par leurs retrouvailles avec l’extérieur – le monde, tout ce qui n’était pas moi et qui avait bien vécu pendant que je m’emmurais. J’avais oublié les odeurs et les couleurs du dehors, le mouvement des êtres et le temps qui passe ; ainsi cette île où je vivais depuis toujours me semblait étrangère. Sans autre repère que ces mots nouveaux qui m’avaient tirée de mon immobilisme, je décidai un peu confusément de les suivre, où qu’ils aillent, sans me soucier de leur origine.

Je fis ainsi le tour de l’île, jusqu’à l’écœurement. La luxuriance du monde me renvoyait à mon propre vide, l’odeur des cèdres à mon parfum de mort, la couleur des fleurs au blanc de ma mémoire rendue vierge par l’instinct de survie. Lire la suite

II

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Photo Kaique Rocha – pexels.com

Après coup, je crois que j’aurais aimé
Voir son visage
– Que quelqu’un s’en souvienne –
Mais elle n’est qu’une silhouette
Sans nom et sans regard –
Pourtant, sur cette langue de bitume
Luisait l’aura tiède de son âme.

J’attendais le convoi lourd
Qui charrie dans son ventre
La nausée humaine ;

Et j’ai senti geindre la ferraille
Qui tentait d’arrêter
Le cours tragique du temps…

J’ai suivi les lignes rouillées
Qui labourent le sol noir, et j’ai vu
Le corbeau festoyer –
Chair et sang
Fraîchement dispersés.

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HMM #1 (en)

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Edinburgh, January 2016. Picture by Ninefifteen.

Ever since he was a child, Christian had been harbouring a deep fear of the living deads. He had bought survival kits, had immersed himself in everything that pop culture and the Internet had invented around this topic – and that was a lot of material.

He had written several books, each of them a best seller – the most famous being « Those Deceased Watching Us ». He sold millions of them, earning a colossal fortune – colossal from a writer’s standpoint anyway. It was enough for him though, to build his dream house. Which means a zombie proof shelter, designed with taste.

He had carefully selected the place to build it: a deserted mound in the middle of plains, with no tree to interfere with his visibility, and no neighbour to either contaminate him, or over-chat about him.

Everything in Christian’s life — his job, his hobbies, his culture — had been shaped by this ferocious fear of what looked, more or less, like a corpse in the making. Even the people surrounding him had been chosen with this fear in mind. There were only a few: the risk of getting infected in case of an epidemic was way too high, and the propagation speed, exponential. Lire la suite